Taux en chute, vie en hausse

Le taux de change du dollar est passé de 2.900 à presque 2.000 CDF en l’espace de quelques semaines. *Une baisse qui aurait dû soulager les ménages et améliorer le pouvoir d’achat.* Pourtant, la population congolaise, y compris celle du Haut-Uele, continue de souffrir. Les prix ne baissent pas, les commerçants maintiennent l’ancien taux (2.900, 2850) pour vendre, et le pouvoir public reste jusque-là spectateur. Une situation qui soulève une question simple : pourquoi le taux baisse, mais pas le coût de la vie ?
Sur papier, le paiement des salaires en francs congolais (CDF) offre un avantage : *si le dollar perd de sa valeur, le revenu en devise, lui, augmente.* Mais cet effet est immédiatement annulé lorsque les prix restent indexés sur le taux le plus élevé. Exemple : à Isiro, le litre de carburant coûte toujours 4.000 CDF. A 2.900, cela faisait 1,37 dollar. Aujourd’hui, au taux de 2.000, cela représente 2 dollars. *Le prix en CDF est stable, mais en dollars, c’est une hausse déguisée.*
*Milton Friedman* affirmait que les taux flottants permettent au marché de s’ajuster librement. Cela suppose un marché transparent et compétitif. Ce n’est pas le cas ici. A l’inverse, *Joan Robinson* dénonçait les dérives des économies mal régulées, où le taux de change devient un outil de spéculation contre les plus pauvres.
Le Haut-Uele comme toutes les autres provinces du pays subit de plein fouet cette contradiction : *un taux qui baisse, mais un panier de la ménagère qui reste inaccessible.* Il est temps d’imposer une régulation des prix, de désindexer le commerce informel du dollar, et de replacer l’État dans son rôle de protecteur du citoyen. *Sinon, cette chute du taux ne sera qu’un chiffre de plus… pendant que la misère, elle, continue de grimper.*
Jules MAGBAY ATUBA






