Ituri : tous pour la paix, une tribune de Gabriel Dirokpa

“L’Ituri est à sa deuxième année depuis que le phénomène  » assaillants  » l’endeuille avec comme conséquences des morts gratuites,des destructions massives et d’innombrables déplacés vivant dans la précarité la plus sombre. Au stade actuel, le retour effectif de la paix en Ituri est une question de volonté, c’est à dire la recherche de la paix exige l’implication de tous.” Gabriel Dirokpa

Son style, ses écrits et ses paroles traduisent au quotidien son amour pour sa province natale, en proie depuis fin 2017 à l’activisme d’une milice mystico-religieuse dénommée CADECO, dirigée par un certain Samuel Ngudjolo. Originaire du territoire de Djugu, Gabriel Dirokpa, est devenu l’un des acteurs non négligeables qui auront contribué au rétablissement de la paix dans les territoires de Djugu, Mahagi et Irumu grâce à ses écrits réveilleurs qui prônent la culture de la paix, de l’amour du prochain et des valeurs positives. Partisan de la paix, c’est à travers une tribune libre qu’il lance un nouveau cris de cœur à ses frères et sœurs pour une mobilisation générale.

Une série de tribunes que Orientalinfo.net se propose désormais de publier régulièrement sur sa toile pour contribuer au établissements de la paix dans la région où plus de 300.000 personnes ont fui leurs milieux d’habitation, des centaines autres lâchement tuées, des villages réduits en cendre et le tissu socioéconomique coupé.

Tribune :  » Du conflit de l’Ituri : au nom des enjeux de la paix. Gabriel Dirokpa, l’infatigable évangéliste de la paix appelle à la mobilisation générale des filles et fils de l’Ituri.

L’Ituri est à sa deuxième année depuis que le phénomène  » assaillants  » l’endeuille avec comme conséquences des morts gratuites,des destructions massives et d’innombrables déplacés vivant dans la précarité la plus sombre. Des efforts consentis par les nouvelles autorités administratives, l’armée et la police nationale ainsi que les forces vives en général sont à louer, mais peinent à stabiliser la situation. Au stade actuel, le retour effectif de la paix en Ituri est une question de volonté, c’est à dire la recherche de la paix exige l’implication de tous : jeunes – vieux, femmes – hommes, riches – pauvres, marchands – ambulants, étudiants – enseignants, croyant – non croyants, chrétiens – musulmans, bouddhistes, franc-maçons, journalistes, pasteurs – imams…

De ce fait, il nous revient de bien analyser ce qui nous arrive et d’examiner sans complaisance la souffrance et la misère de nos frères de Djugu, Irumu et Mahagi.

1. Défis à relever pour la pacification des territoires meurtris de l’Ituri

L’Ituri fait déjà face, à côté du défi sécuritaire, à plusieurs autres défis comme l’a suggéré le Gouverneur honoraire Abdallah Pene Mbaka dans son écriture du 02 août dernier, notamment :

a). des ressources humaines (la capacité des acteurs politiques d’imposer et d’améliorer la gouvernance de la Province, d’éradiquer la fraude et la corruption) ;
b). des finances publiques (inadéquation rétrocession – retenue, incohérence des chiffres entre la Province et les régies nationales,…) ;
c). des infrastructures ;
d). des aspects sociologiques dont la communautarisation de la vie politico-administrative.

2. Prise de conscience face à la manipulation des membres des communautés

Depuis 2017, les voix se sont levées de tous les coins de la République pour condamner le phénomène assaillant dans le territoire de Djugu et les tireurs de ficelles. A l’unanimité les Ituriens se sont mobilisés pour décourager les criminels et pour appeler les jeunes à se désolidariser de ces malfrats et leurs alliés.

A chacun de comprendre que l’heure de faire la paix pour le développement de l’Ituri a sonné. Ne tuons pas nos frères et soeurs, ne leur infligeons pas des conditions de vie que nous ne voudrions pas qu’elles nous soient imposées. L’Ituri que nous aimons tant nous appartient tous.

3. Évaluation des actions de l’État

l’autorité de Province a mis en place une trilogie de stratégie qui petit à petit porte ses fruits, à savoir :

1). la sensibilisation : avec son bâton de pèlerin, il sillonne partout pour prêcher la paix au risque de sa vie, notamment à Kpandroma où il a organisé une conférence de paix, à Iga-Barrière, à Kobu, à Katoto, etc où il n’a cessé de prêcher la paix et rien que la paix ;

2). l’instauration de l’autorité de l’État par l’armée et la police : les ennemis de la paix essuient tout le jour de cuisants échecs dans leurs funestes et criminelles entreprises ;

3). la justice : comme on le dit souvent, il n’y a pas de pardon sans justice. Une commission d’enquête est mise sur pieds, laquelle sillonne les zones en troubles pour recueillir et mettre à la disposition de la justice des faits et crimes commis par ces hors-la-loi.

Notons également qu’il y a des avancées considérables dans l’isolement de ces ennemis de la paix qui sèment la terreur en Ituri. Il n’y a plus de doute sur les identités des criminels de Djugu, de Mahagi et d’Irumu.

Cependant, la population de l’Ituri peine à recouvrer encore sa totale sécurité tant ces malfrats sillonnent encore librement ses différentes localités et territoires. D’où l’hypothèse de la complicité ou d’infiltration de l’armée demeure (un point à examiner).

Pour que le gouvernement mette définitivement un terme au phénomène assaillants, plusieurs analystes disent qu’il est important et nécessaire de connaître :

1. leurs revendications ;
2. leurs sources de financement (prise en charge y compris) ;
3. le flux et circuit d’approvisionnement en arme de guerre.

4. Difficiles enjeux de la réconciliation sur le développement de Djugu et le décollage de l’Ituri

A en croire les inquiétudes des uns et des autres,  » codeco  » serait une donnée éparse et hybride, dont on ne maitrise pas l’identité. Ceci met à mal la compréhension et surtout le format du dialogue entre les communautés de l’Ituri.

Nous avons vu d’étonnantes réconciliations entre des individus qui avaient vécu des années de défiance mutuelle et s’étaient traités de la façon la plus indigne ;

Nous avons vu de cœurs brisés, de familles éclatées et des conflits insolubles de par le monde, mais qui se sont terminés par le pardon ;

Tant que nous continuons de fermer les yeux sur ce phénomène macabre avec des conséquences incalculables ;

Tant que nous resterons hypocrites pendant que nos frères et soeurs meurent tous les jours, il y a lieu de déduire que nous sommes complices de la situation qui nous arrive. Une fois que nous prendrons conscience de notre sort, le changement sera possible.

En prenant conscience du danger de l’insécurité dans nos territoires, nous sommes censés bannir les anti valeurs qui bloquent la reconstruction et le développement de notre chère province. Il est indispensable voire prioritaire de procéder par changement de mentalité de tous et en particulier des jeunes.

«Nous, Ituriens, sommes capables de surmonter ces défis fondamentaux qui font obstacle au développement de notre chère province, car nous adorons notre province. Il est temps de réécrire la nouvelle page de l’histoire de notre province ensemble dans la paix. Car tout est possible à celui qui croit.»

Aimons-nous vivants !

Gabriel Dirokpa
Évangéliste de la paix

2 réponses
  1. Serge KILO
    Serge KILO dit :

    C’est une initiative vraiment louable que de consacrer son temps et ses moyens pour sensibiliser et œuvrer pour une paix effective. Que le Seigneur bénisse tes efforts et ceux de tous les artisans de paix!

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